Les confins… comme champ d’étude

Le social et la santé constituent des champs dynamiques1 qui, en plus de se définir en tant que tels, se délimitent par toute une série d’ajustements, d’aménagements de leurs frontières communes avec d’autres champs. Leurs confins sont en mouvements incessants, réaménagements continus, effaçant ou recréant les frontières, conditionnés qu’il sont par les changements culturels, politiques, légaux, administratifs, institutionnels mais également par les changements sociaux2, la mobilisation d‘acteurs collectifs ainsi que les perceptions changeantes des enjeux sociaux, sanitaires, économiques, etc... de ceux-ci.

Les confins sont également les zones de contact entre acteurs de différentes disciplines et champs professionnels, d’une part, entre acteurs professionnels, institutionnels et acteurs de la société civile, d’autre part

Lieux de dynamiques et de tensions, ces zones de contacts entre disciplines scientifiques3, entre actions de professions différentes, entre professionnels et usagers font l’objet de peu d’études en Suisse romande, même si elles sont l’objet d'interrogations insistantes de la part des professionnels-le-s4. L'adaptation des interventions professionnelles, les im-exportations méthodologiques entre champs, l’occupation et l'attribution de territoires spécifiques liée à l’émergence de pratiques innovatrices, l'apparition d'acteurs nouveaux, les multiples tentatives de traiter transversalement et de manière décloisonnée divers problèmes sociaux ou/et sanitaires en constituent autant de manifestations tangibles.

De façon générale, des mutations profondes dans les rôles, collaborations, structures et modes d’organisation au sein des institutions du secteur socio-sanitaire sont en cours en Suisse comme ailleurs. La charge de travail5 et les tâches des professionnels tendent à devenir plus complexes, du fait de nouveaux problèmes socio-sanitaires (précarisation économique des handicapés psychiques et physiques; chômage de longue durée ; insécurité et violences ; vieillissement de la population, nouvelles formes de migration et de racisme6, etc.). La restructuration des institutions sociales, conditionnée par des mesures d’économie et de rationalisation est à l’ordre du jour.
Illustration par des recherches de l'axe confins (pdf)

 


Notes

1 Un champ en tant que domaine d’action, « s’agirait-il du champ scientifique, se définit entre autres choses en définissant des enjeux et des intérêts spécifiques, qui sont irréductibles aux enjeux et aux intérêts propres à d’autres champs (….) Tous les gens qui sont engagés dans un champ ont en commun un certain nombre d’intérêts fondamentaux, à savoir tout ce qui est lié à l’existence même du champ » (Bourdieu P. (1984). Questions de sociologie. Paris : éditions de Minuit, 113-115).

2 «La figure de la frontière sociale interpelle car elle suppose, ici aussi, des jeux ambivalents entre liaisons et séparations, fractures et trnsitions, dehors et dedans, disqualification et protection, enfermement et protection » voir le groupe Frontière, Christiane Arbadet-Schulz, Antoine Beyer, Jean-Luc Pernay, Bernard Reitel, Catherine Selimanovski, Christophe Sohn et Patricia Zander in EspacesTemps.net, Textuel, 29.10.2004

3 comme par ailleurs entre acteurs professionnels, scientifiques et de la société civile.

4 En revanche, des travaux sont menés sur ce thème en Suisse alémanique (voir notamment l’étude en cours à l’Université de Zürich/Institut de Pédagogie, intitulée « Auf dem Spielfeld der Professionen - Interprofessionelle Zusammenarbeit und sozialarbeiterische Kompetenz », source : www.sidos.ch - référence 5609), ou encore une évaluation réalisée en 2001-2002 à la Haute école de travail social à Lucerne sous le titre « Wahrnehmungsdifferenzen und Kooperationsmodi bei Interventionen gegen häusliche Gewalt » (source : www.hsa.fhz.ch).
Un ouvrage traitant du concept de « case management », impliquant la collaboration des différentes institutions et disciplines autour de l’usager, a été traduit du néérlandais et publié par la Haute école de travail social de Lucerne (van Riet, N. et Wouters, H., 2002, Case Management. Ein Lehr- und Arbeitsbuch über die Organisation und Koordination im Sozial- und Gesundheitswesen. Luzern: Interact Verlag.
De même, de nombreuses publications du secteur de la santé en langue anglaise montrent que les collaborations interprofessionnelles et avec les usagers (ces deux aspects font partie des modèles de « collaborative practices ») sont à l’ordre du jour en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis (voir notamment Whitehead, D., 2001, Applying collaborative practice to health promotion, Nurs Stand. 15(20), 33-37 ; Morath, J., 2003, Changing the healthcare culture : the consumer as part of the system of care, Front health Serv Manage, 19(4), 17-28; Molyneux, J., 2001, Interprofessional teamworking: what makes teams work well, Interprof Care, 15(1), 29-35).

5 Voir Keller et Tabin, 2002, La charge héroïque, Lausanne, ESSP.

6 Voir M. Shaha, 1998, Racism and its implications in ethical moral-reasoning in nursing practice: a tentative approach to a largely unknown topic. Journal of Nursing Ethics, 5 (2), 139-146.

 

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